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Aruna

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Tout ce qui a été posté par Aruna

  1. Le scientifique est bien un homme. C'est le sens de mon propos. Je critique le scientifique comme je critique l'homme, mais je ne le juge pas. Je suis un homme, donc je me critique moi même sans me juger. Ma critique réside dans l'observation de cette dépendance au fait d'être dupe de ce que nous nommons le réel. Et c'est bien parce que j'observe cette dépendance chez moi, que je la vois de même chez mon frère humain qu'il soit scientifique ou religieux. C'est tout à l'honneur d'Einstein d'avoir reconnu intellectuellement la prévalence du mystère. Le fait de pousser à leur paroxysme les limites de la raison aboutit peut être à ce résultat. Car que signifierait le fait d'assumer totalement le mystère du monde? Que jusque dans le trefond de mes cellules existe cette conscience que je dois croire pour vivre. Mais si cette conscience émerge, y a-t-il encore nécessité d'être dupe? Que pourait faire la raison devant ce paradoxe ?
  2. Nous ne savons rien du réel. Savoir est un concept vide. Nous aprehendons le monde (la réalité) à travers le langage. Le cerveau d'un petit d'homme se formate à cela dès la naissance. Quand nous disons je vois un arbre, je sais ce qu'est un arbre. Ce " je sais" est un abus de langage, car nous n'avons en fait aucun moyen de "savoir" quelque chose à propos de ce fragment du réel que nous avons nommé "arbre". Derrière ce "savoir" se dissimule un "croire" dont nous sommes forcés d'être dupes car c'est cette position de notre esprit qui a la propriété de fixer le monde dans un état solide et prédictible, empiriquement vérifiable. Nous vivons dans un état de dépendance à la certitude, qui induit toutes ces quêtes de certitudes que sont les démarches scientifiques, religieuses ou philosophiques. Le scientifique est au fond un être humain ordinaire. Comment pourrait il échapper à cela? Comment pourrait il rechercher quoique ce soit dans un monde qui n'existe pas ? Il est obligé de faire comme tout être humain, faire comme si il était possible de savoir quelque chose à propos du monde, car il ne sait pas vivre sans un socle ayant l'apparence de la solidité, sans être contraint d'oublier que ce monde est un mystère absolu.
  3. Ah bon? C'est un propos d'homme convaincu ça ! Moi, je fais le choix de ne faire l'apologie d'aucune démarche préétablie ; et ce choix m'appartient.
  4. Lorsque je dis:"il est bien obligé de prendre pour acquis sa propre fondation...", je désigne l'esprit scientifique (dont je dis qu'il n'est pas exempt d'un fonctionnement fondé sur l'acte de croire). Tu n'as apparemment pas compris le sens de ma phrase.
  5. Mon propos n'est pas spécialement une apologie de l'esprit scientifique. Je pense que tu as dû me lire superficiellement ou que tu ne t'adresses pas à la bonne personne.
  6. Un arc en ciel est effectivement une impression. L'eau que je vois bouillir dans la casserole est également une impression. La brûlure que je ressens en plongeant ma main dedans est encore une impression. Qu'est-ce que le principe de réalité ? L'arc en ciel et l'hologramme ne sont-ils pas également partie de la réalité ? L'esprit scientifique se veut sceptique. Il est censé ne rien prendre pour acquis. Cependant, il est bien obligé de prendre pour acquis sa propre fondation, que la reproductibilité d'une expérience est une preuve, qu'il existe un principe de causalité permettant la vérification, etc...Il fonctionne au moyen d'un immense réseau de propositions reliées entre elles par des liens de cohérence. Ces propositions sont susceptibles d'évoluer, c'est ce qu'on appelle le progrès scientifique, mais serait il possible pour l'esprit de fonctionner sans s'appuyer sur ce réseau de propositions ? Je vis à travers un socle de certitudes intriquées, par exemple: l'eau bout à 100 degrés celsius. Je peux réitérer cette expérience autant de fois que je le souhaite. Le résultat me confirmera cette certitude. Mes yeux voient cette substance liquide dans un état d'ébullition, ils voient l'alcool se dilater dans le tube du thermomètre jusqu'à la graduation 100 degrés. Ce fait m'a également été confirmé par mon éducation scolaire et familiale, par l'ensemble des êtres humains avec lesquels j'interfère. Bref cette proposition, reliée à une infinité d'autres, a acquis pour moi le statut de certitude, et il m'est quasi physiologiquement impossible d'envisager pouvoir vivre sans que mon esprit croit à ces certitudes. Il me semble que le monde s'ecroulerait si il m'était subitement révélé que l'eau n'est pas de l'eau, que l'arbre n'est pas un arbre, que la chaleur n'est pas de la chaleur, que les corps ne chutent pas parce qu'il n'y a pas de corps, pas d'espace pour chuter, pas de temps pour mesurer la chute, etc...Si tout à coup cet objet que je prend pour un arbre n'était plus un arbre, je serais obligé, pour continuer à vivre, de trouver une explication à ce phénomène : j'ai été drogué, victime d'une hallucination, ou je suis en train de rêver. Ma rationalité lutterait désespérément pour essayer de raccrocher les wagons. Cette dépendance à un croire générateur de certitude est la même chez le scientifique que chez le religieux. Elle est la même chez l'être humain en général. Le socle "scientifique" du croire dispose d'une telle masse, d'une telle inertie, qu'il est capable d'anéantir tout croire concurrent non compatible. Ce socle de croire, nous le nommons réalité et nous l'opposont au rêve, à la croyance religieuse, à l'imaginaire, etc...
  7. Dire qu'un énoncé a une force créatrice n'est pas déresponsabilisant, au contraire. Si le monde dans lequel j'évolue est construit par les énoncés que je contribue à véhiculer, ma responsabilité est impliquée de façon totale dans chacun des éléments qui constituent ce monde.
  8. Ce que je dis est un énoncé. Or il n'y a de vérité dans aucun énoncé. L'énoncé qui fait exister l'auberge est un énoncé structurant. Le mien a une valeur destructurante, mais sa puissance est faible au regard de l'ensemble des énoncés structurants. La preuve: j'évolue moi aussi dans cette fameuse auberge.
  9. Il n'y a que cela qui fonctionne. Mais ce fait est occulté par l'esprit par mesure d'auto protection. Si l'esprit s'aperçoit qu'il construit lui même en permanence (ou participe à construire) le monde dans lequel il évolue et agit, ce monde potentiellement cesse d'exister. Si les énoncés qui construisent ce monde sont invalidés subitement, celui-ci est "stoppé". Cela est inenvisageable pour l'esprit. Comment pourrait il envisager de vivre dans un monde "inconstruit"?
  10. "Je vois (ou je vérifie) ce que je crois" est un énoncé créateur au même titre que "je crois ce que je vois (ou ce que je vérifie)". On voit que le premier de ces énoncés, bien que créateur, est également destructurateur du second. Cependant le second dispose d'une telle charge énergetique, d'une telle inertie, qu'il est extrêmement difficile à déstructurer. Il reste donc à priori dominant et quasi exclusif.
  11. C'est ça. Tout l'univers mental scientifique est bâti sur cette inversion. Et l'univers mental religieux de même.
  12. Moi non plus, je ne tenterai pas le saut dans le vide en comptant sur une intervention divine pour me secourir. Simplement, je considère que la force qui ferait le cas échéant chuter mon corps et le faire s'écraser au sol, fonctionne selon le même protocole que celle qui aurait permis (conditionnel de précaution) à Thérèse Neumann de vivre en ne consommant qu'une hostie quotidienne et à présenter des stigmates christiques lors des vendredis saints. J'appelle cette force la force du croire. Et je pense que la rationalité est insuffisante en tant que telle pour s'en extraire.
  13. Je ne suis pas non plus expert en culture hindoue, mais on peut supposer que même l'énoncé de type "religieux" acquiert une force structurante qui permette l'action dans un cadre précis et imparti. Pourquoi pas? Pour moi, la pensée dite "scientifique" n'est pas fondamentalement différente de la pensée religieuse, hormis qu'elle a acquis une force conquérante telle que c'est elle qui majoritairement structure l'univers mental humain. C'est elle qui "fait" le monde (y compris le monde tangible), et qui par un mouvement récursif autorisé par l'argument de la vérifiabilité, s'auto-entretient et s'auto-régenère.
  14. Ce qui est très difficile à concevoir c'est que le verbe est créateur de mondes. Cela invalide le critère de la vérifiabilité en tant que critère de vérité. Un simple énoncé est potentiellement créateur d'une réalité vérifiable. Pour cela cet énoncé doit acquérir une charge énergétique suffisante qui est obtenue par la répétition ou l'effet de masse. L'énoncé se transforme alors en forme-pensée qui peut s'exprimer jusque dans la matière la plus dense, et donc devenir vérifiable même d'un point de vue scientifique.
  15. Tu as raison : ce n'est pas un fait. C'est un énoncé. Mais il n'y a pas lieu de rire ou de s'étonner. Le langage ne fait que cela : proposer des énoncés. Dire "la terre est une sphère" est également un énoncé. Simplement, cet énoncé là, nous décidons de lui accorder une valeur parce qu'il est un élément structurant de notre univers mental, donc un élément qui nous permet d'agir dans le cadre de cet univers mental et qu'il serait difficile pour nous de remettre en question. La proposition "Ganesh a rédigé le Mahabaratha" est étrangère à notre univers mental et en contredit même les éléments structurants, elle ne nous permet pas d'agir dans ce cadre là. L'accepter supposerait pour nous un changement complet de paradigme. Donc nous la rejetons sous le prétexte de non scientificité ou d'irrationalité. Mais dans le fond, qu'on dise "la terre est une sphère" ou "Ganesh a rédigé le Mahabaratha", il s'agit dans les deux cas d'énoncés. Or un énoncé n'est porteur d'aucune vérité. Il est le structurant d'un univers mental particulier qui, à la fois, permet l'action à l'intérieur de cet univers, et clôt celui ci au moyen des mots.
  16. Aruna

    Dernière danse

    C'est normal, un geste fait de non-pensée, est par définition impensable, pour nous, petits scarabées, à grosse tête, que nous sommes ! Les japonais prodiguaient à ce sujet un conseil assez radical : il faut trancher la tête ! (métaphoriquement bien sûr).
  17. Aruna

    Dernière danse

    Note sur la frappe de non-pensée Voici une anecdote. Lorsqu'un bûcheron voulut tailler un arbre dans une forêt profonde, un animal appelé satori surgit. Le bûcheron voulut l'attraper car cet animal est rare. Le satori dit alors : "Tu as pensé à m'attraper." Le bûcheron fut terriblement surpris en l'entendant. Le satori dit alors: "Tu es surpris car je sais ce que tu as pensé." Le bûcheron s'étonna de plus en plus et pensa à le tuer avec la hache qu'il tenait. Le satori dit alors : "Tu as pensé à me tuer." Le bûcheron pensa: "Il est capable de savoir ce que je pense. Je ne peux rien faire." Et il recommença à tailler le tronc d'arbre. Le satori dit : "Tu as pensé que tu ne peux rien faire contre moi." Cette fois, le bûcheron continua à se concentrer pour tailler le tronc, sans se préoccuper de cet animal. Le tranchant de sa hache se détacha alors accidentellement et se planta dans la tête du satori qui mourut sans prononcer un mot. Cette parabole enseigne que même le satori peut être frappé par une hache de non-pensée. Miyamoto Musashi
  18. Aruna

    Philosophie libre de sujet

    Ce qui est trompeur, c'est qu'on vit avec l'impression que le monde autour de nous est une donnée objective. Il y a une approche alternative à cela. Le monde est une construction (ou une représentation). La pensée construit le monde avec les mots. A chaque seconde. A ce moment surgit une question : est-il possible que l'esprit puisse vivre, ne serait ce qu'une seconde, dans une suspension de cette construction permanente du monde par les mots ? Est-ce pure spéculation de l'imaginer ? Ou ne le faisons nous pas déjà spontanément en de très brefs instants sans même nous en rendre compte ? Cet instant de suspension dans le silence, cela nous est-il complètement inconnu ? Le monde se stoppe parfois de lui même, comme une sorte de réinitialisation.
  19. Oui, c'était un peu provocateur de ma part. Voilà, c'est la prétention qui diminue ou augmente. L'expression homme humble me va bien aussi ou homme simple, homme dépouillé, etc... Cette simplicité est elle une conquête de haute lutte ? Est-ce pour cela que le terme guerrier est utilisé ? Je ne sais pas. J'ai aussi le sentiment qu'elle peut se manifester sans prévenir, comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu... L'allègement est une diminution du poids. Il y a donc bien quelque chose qui diminue.
  20. Tu ne me saisis pas. Je ne veux pas arriver quelque part. Cette démarche de vouloir arriver quelque part est encore trop lourde. On y est encore trop plein de soi même. Je vois partout le phantasme de l'homme "augmenté", de l'homme "amélioré", et j'y décèle l'aboutissement d'un rêve démiurgique millénaire. L'illusion du contrôle, le refus de l'abandon. Le seul combat que j'imagine encore serait un combat pour accepter de s'abandonner. Tu as sauté sur cette expression "homme diminué"; elle ne te plaît pas parce tu veux jouir de la plénitude de ta force et que le mot "diminué" te semble s'opposer à cela. Pourtant, il est évident qu'il y a en l'homme un superflu qui demande à être libéré ou déposé ou abandonné. Le délestage est une forme de diminution. De celles qui permettent de danser ou de voler.
  21. Je ne suis pas d'accord non plus. Ceux qui se disent non individualistes, donc humanistes, philanthropes, bienfaiteurs de l'humanité ou autre, sont en fait des dictateurs en puissance, des colonisateurs de la pensée d'autrui, sous prétexte de l'aider ou de le sauver. J'aime ceux qui s'occupent de parfaire leur propre lien de communication avec le monde, non ceux qui se préoccupent de sauver les autres. Et je me fous du résultat actuel sur notre société. Cette société est mort née. Ses bases sont édifiées sur la peur. Si la peur venait à disparaître, cette société sombrerait avec elle. L'humanisme contient en germe le transhumanisme et l'idée de l'homme augmenté. Qu'on me parle plutôt de l'homme diminué et je veux bien consentir à tendre l'oreille.
  22. Qu'il veuille prendre mon superflu ne me dérange pas, tant qu'il le jette dans le premier conteneur venu et ne le garde pas pour lui même. Auquel cas, il ne s'agirait pas d'un guerrier mais d'un simple commerçant, expert en escroquerie. C'est ainsi que m'apparaissent nombre de "commercial Indians" comme Ruiz et consorts...
  23. Ne sois pas triste ! Je ne me plains pas de l'intolérance. Je ne souhaite pas spécialement être toléré. Cela supposerait que j'attends une faveur spéciale. Et en quel honneur ? L'indifférence me paraît le gage de la plus haute confiance et du plus haut amour, justement parce qu'elle ne contient ni attente, ni faveur, ni tolérance particulière, ni pitié, ni commerce. Le geste de celui qui vient me dire: je connais l'antidote à ton malheur, n'a justement rien de gratuit. C'est un geste commercial.
  24. Aruna

    Philosophie libre de sujet

    Parce que le mot construit le monde, il a également la capacité de le stopper. Qui ne l'est pas ?
  25. Je suis plus que sceptique devant les intentions réelles de tout individu qui prétend détenir des informations et les divulguer dans le but "d'aider" ou de "libérer" ses semblables. Cela est vrai dans le domaine de la "spiritualité" mais aussi dans celui de la psychologie, de la médecine, de la politique, etc, etc.... Je trouve a priori suspecte toute volonté affirmée d'aider l'autre, quelque soit la motivation avancée : philanthropie, humanisme, charité, amour du prochain, transmission occulte, etc Donc, évidemment, Ruiz, qui écrit son bouquin et qui cartonne au box office des livres de spiritualité chamanique, tout en déposant l'appellation tolteque, je ne le crois pas une seconde si il vient me raconter qu'il le fait pour transmettre une ancienne tradition précolombienne ou pour libérer les gens de la souffrance ou que sais-je encore. Mais je le précise encore, je ne crois pas non plus le scientifique ni le politicien qui prétendent œuvrer pour le genre humain. Paradoxalement, le seul qui aura grâce à mes yeux sera celui qui manifestera la plus grande indifférence à mon égard comme à l'égard de l'humanité, donc ni un altruiste ni un humaniste.
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