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Philosophie libre de sujet

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Ambre Agorn

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Ambre Agorn Membre 2 150 messages
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Je me suis enfin mise à lire! Je suis donc en train de lire un livre....horrible.

Les livres m'ont toujours laissé cette impression qu'ils cristallisaient une réalité et concourraient au fait que cette réalité vivait et restait un bloc que plus rien ne peut désormais briser. A chaque fois qu'un lecteur se présente, il reçoit cette réalité en bloc. Je parle de bloc parce qu'un livre se lit de bout en bout qu'on soit en accord ou non avec ce qui est dit. C'est un laisser-parler à celui qui écrit sans aucun pouvoir de l'arrêter ou de se récrier. Même si je ferme le livre, je sais bien qu'il continue sans moi à faire vivre cette réalité. Le livre est lu par d'autres, le livre emporte sa réalité qui prend de la texture et de la solidité à force d'être lu et propagé. Instinctivement, j'ai su que les mots ont un pouvoir. L'avantage que je peux trouver dans le fait qu'on me forçait au silence, c'est que je n'ai jamais eu à construire une réalité de façon très solide, et surtout j'ai eu tout mon temps pour écouter, apprendre à écouter ce qui est dit, mais aussi ce qui est tu. Car écouter passe aussi par les yeux, et j'ai vu des gens parler, j'ai vu des corps bouger, j'ai enregistré sans le savoir des schémas de réaction, des expressions corporelles, des batailles d'influences dans des discussions qui semblaient être simplement des discussions de famille, des intonations et jeux de rôles pour différentes situations et interlocuteurs. Les gens mentent, c'est un fait. Mais parler n'est qu'une façon de mentir. Ce n'est pas avec les mots que la vérité peut être dite ou montrée. Manier les mots, c'est apprendre à mentir, et surtout apprendre à croire à ses propres mensonges. Le problème, c'est que le mensonge, dans la société, a cette connotation péjorative. Et j'entends partout "Ho! Moi, tu sais, je suis direct, et je dis ce que je pense", sous-entendu, je suis une personne sincère et de confiance. Qui dirait et accepterait le fait que parler est un synonyme de mentir? Mon éducation a été de croire que mentir était péché et que c'était mal. Seulement ce qui n'a pas marché dans cet essais de lavage de cerveau, c'est qu'en m'empêchant de parler et de m'exprimer, j'ai pu voir et constater l'ironie de ce qu'on m'enseignait! Quel poids peut avoir cette façon de voir les choses: mentir est mal et constater que parler c'est mentir! Plus rien ne tient à partir du moment où la réalité enseignée est visiblement cousue de fils blancs.

Alors j'ai appris à mentir. D'autres diront que c'est la séduction qui compte et la persuasion. Ceux-là aussi me font rire et j'espère bien qu'ils comprendront que j'utilise uniquement le verbe mentir pour dire la même chose qu'eux.

J'ai toujours pensé qu'on créait la réalité qu'on concevait. Je sais pertinemment que mon cerveau aura tendance à confirmer ce que je pense et mes sens seront alors paramétrer pour trouver autour de moi la confirmation de ce que je pense, d'où mon constat. Et, tout en sachant ceci, je me sert de ces capacités, mes capacités pour concevoir un monde tel que je le sens depuis que j'ai conscience de la "texture" de ma vie.

Croire que parler c'est mentir et les menteurs sont partout. Ne plus croire aveuglement ce qui est dit. Si tout le monde ment, sans intention bonne ou mauvaise pour autant, il est alors bien plus facile d'accepter les erreurs des uns et des autres, il est bien plus facile de concevoir que l'humain reste aimable. Nos pensés sont faite de mots, d'images plus exactement, et c'est ainsi que nous fabriquons la réalité. Une fois que cette constatation m'a percuté, j'ai réalisé à quel point la réalité est plastique, à quel point je m'accrochais fermement à certains aspects de cette réalité, à quel point il est difficile de se décaler des parties de réalité commune à d'autres, voire à tous (la réalité de la pesanteur est extrêmement puissante car partagée par tout et tous). Comme si la réalité, plus elle est partagée et vécue semblablement par d'autres, plus elle est solide et inviolable, inchangeable. D'où mon désintérêt général pour les livres, d'où ma révolte dans la lecture d'un livre. Le livre n'est qu'une technique de persuasion massive dans le sens où il sert de liant pour créer une réalité. Plus le livre est lu, plus cette réalité se cristallise, plus il est difficile d'en sortir. Penser écrire un livre qui utiliserait la même technique pour contrebalancer son pouvoir, c'est encore une fois se leurrer. Car ce n'est plus une bataille dirigée contre la réalité décrite dans le livre, mais c'est encourager la réalité qui permet au livre de créer une réalité. Plus clairement, croire contrebalancer la réalité d'un livre en écrivant un livre avec une autre réalité, c'est louper son combat, car la bataille ne se situe pas là, la bataille se situe dans le phénomène même du livre en soit. Et encore, je crois que supprimer les livres ne supprimerait pas du tout le phénomène qu'utilise le livre. Et peut-être même que le livre est de loin l'arme la moins utilisée pour créer la réalité. Il y a bien plus efficace aujourd'hui: l'accès à internet, la télévision, les médias en général. Mon seul accès à ces médias se limitent à ce forum pour le moment pour une raison bien précise dans le cadre d'une expérimentation. Depuis que j'ai commencé cette expérience, j'ai réalisé à quel point la réalité est bien moins angoissante que ce qu'on tente de me faire croire dans les médias. Je ré-apprends à interagir avec mon environnement, avec mes semblables autour de moi, à voir la réalité de mon environnement direct, à vivre aux rythmes divers et variés qu'offre mon environnement naturel.

Dans un autre fil, que j'avais appelé "la révolution par la terre", je réalise maintenant ce que j'avais pressentis alors: le retour à la terre est symbolique, mais il est exactement ce qui manque. Il manque ce système simple de repères qu'on oublie peu à peu, mais qui est notre nature profonde, organique. Je constate à quel point je m'éloignais de tout repères quand je me lance dans la vie telle qu'elle est présentée quand on naît, et à laquelle on nous initie. Je vois bien que les parents que je côtoie à la sortie de l'école constatent de plus en plus le malaise des enfants et leurs difficultés à comprendre et à répondre. Ils ont des enfants qu'ils emmènent vois des psychologues, des orthophonistes et pourtant le malaise est toujours là. Ces enfants sont punis parfois à cause de leur comportement jugé inacceptable à l'école, ils sont mis à l'écart, et ils réagissent en retournant leur malaise envers les autres enfants qui sont inaptes à comprendre et donc répondre convenablement à ce genre d'appel au secours.

Je n'ai passé que deux jours dans l'école de ma fille, et j'ai été touchée, bien plus profondément que j'aurai bien voulu l'avouer, par l'horreur et la tristesse de ce qui s'y passe. Le plus terrible est de constater l'immense incompétence des adultes face à tout ces enfants. Leurs formations n'est pas du tout adaptée à répondre à ce malaise que ressent les enfants. Ma première réaction à été de chercher comment sortir mes enfants de là, mais je voudrais tous les faire sortir. Je les vois bien souffrir, je les vois changer, je les vois être de plus en plus sensibles et perméables à ce malaise.

Mais quel est ce malaise? Ce malaise c'est la rupture d'avec notre nature profonde animale, organique au profit d'une réalité dite rationnelle mais qui n'est autre qu'une réalité machinale, objective et complètement déconnectée des besoins essentiels de l'être humain.

Mais vous ne les entendez pas hurler ce malaise? Il n'y a pas ceci qui crie en vous? C'est la folie d'aujourd'hui: c'est de ne pouvoir dire le mal qui nous ronge et pourtant en être conscient, c'est de vivre la division et l'arrachement sans pouvoir voir d'où il vient et comment y répondre.

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Membre, Posté(e)
system3 Membre 625 messages
Forumeur expérimenté‚
Posté(e)
Le 21/12/2021 à 08:11, Ambre Agorn a dit :

Je me suis enfin mise à lire! Je suis donc en train de lire un livre....horrible.

Les livres m'ont toujours laissé cette impression qu'ils cristallisaient une réalité et concourraient au fait que cette réalité vivait et restait un bloc que plus rien ne peut désormais briser. A chaque fois qu'un lecteur se présente, il reçoit cette réalité en bloc. Je parle de bloc parce qu'un livre se lit de bout en bout qu'on soit en accord ou non avec ce qui est dit. C'est un laisser-parler à celui qui écrit sans aucun pouvoir de l'arrêter ou de se récrier. Même si je ferme le livre, je sais bien qu'il continue sans moi à faire vivre cette réalité. Le livre est lu par d'autres, le livre emporte sa réalité qui prend de la texture et de la solidité à force d'être lu et propagé. Instinctivement, j'ai su que les mots ont un pouvoir. L'avantage que je peux trouver dans le fait qu'on me forçait au silence, c'est que je n'ai jamais eu à construire une réalité de façon très solide, et surtout j'ai eu tout mon temps pour écouter, apprendre à écouter ce qui est dit, mais aussi ce qui est tu. Car écouter passe aussi par les yeux, et j'ai vu des gens parler, j'ai vu des corps bouger, j'ai enregistré sans le savoir des schémas de réaction, des expressions corporelles, des batailles d'influences dans des discussions qui semblaient être simplement des discussions de famille, des intonations et jeux de rôles pour différentes situations et interlocuteurs. Les gens mentent, c'est un fait. Mais parler n'est qu'une façon de mentir. Ce n'est pas avec les mots que la vérité peut être dite ou montrée. Manier les mots, c'est apprendre à mentir, et surtout apprendre à croire à ses propres mensonges. Le problème, c'est que le mensonge, dans la société, a cette connotation péjorative. Et j'entends partout "Ho! Moi, tu sais, je suis direct, et je dis ce que je pense", sous-entendu, je suis une personne sincère et de confiance. Qui dirait et accepterait le fait que parler est un synonyme de mentir? Mon éducation a été de croire que mentir était péché et que c'était mal. Seulement ce qui n'a pas marché dans cet essais de lavage de cerveau, c'est qu'en m'empêchant de parler et de m'exprimer, j'ai pu voir et constater l'ironie de ce qu'on m'enseignait! Quel poids peut avoir cette façon de voir les choses: mentir est mal et constater que parler c'est mentir! Plus rien ne tient à partir du moment où la réalité enseignée est visiblement cousue de fils blancs.

Alors j'ai appris à mentir. D'autres diront que c'est la séduction qui compte et la persuasion. Ceux-là aussi me font rire et j'espère bien qu'ils comprendront que j'utilise uniquement le verbe mentir pour dire la même chose qu'eux.

J'ai toujours pensé qu'on créait la réalité qu'on concevait. Je sais pertinemment que mon cerveau aura tendance à confirmer ce que je pense et mes sens seront alors paramétrer pour trouver autour de moi la confirmation de ce que je pense, d'où mon constat. Et, tout en sachant ceci, je me sert de ces capacités, mes capacités pour concevoir un monde tel que je le sens depuis que j'ai conscience de la "texture" de ma vie.

Croire que parler c'est mentir et les menteurs sont partout. Ne plus croire aveuglement ce qui est dit. Si tout le monde ment, sans intention bonne ou mauvaise pour autant, il est alors bien plus facile d'accepter les erreurs des uns et des autres, il est bien plus facile de concevoir que l'humain reste aimable. Nos pensés sont faite de mots, d'images plus exactement, et c'est ainsi que nous fabriquons la réalité. Une fois que cette constatation m'a percuté, j'ai réalisé à quel point la réalité est plastique, à quel point je m'accrochais fermement à certains aspects de cette réalité, à quel point il est difficile de se décaler des parties de réalité commune à d'autres, voire à tous (la réalité de la pesanteur est extrêmement puissante car partagée par tout et tous). Comme si la réalité, plus elle est partagée et vécue semblablement par d'autres, plus elle est solide et inviolable, inchangeable. D'où mon désintérêt général pour les livres, d'où ma révolte dans la lecture d'un livre. Le livre n'est qu'une technique de persuasion massive dans le sens où il sert de liant pour créer une réalité. Plus le livre est lu, plus cette réalité se cristallise, plus il est difficile d'en sortir. Penser écrire un livre qui utiliserait la même technique pour contrebalancer son pouvoir, c'est encore une fois se leurrer. Car ce n'est plus une bataille dirigée contre la réalité décrite dans le livre, mais c'est encourager la réalité qui permet au livre de créer une réalité. Plus clairement, croire contrebalancer la réalité d'un livre en écrivant un livre avec une autre réalité, c'est louper son combat, car la bataille ne se situe pas là, la bataille se situe dans le phénomène même du livre en soit. Et encore, je crois que supprimer les livres ne supprimerait pas du tout le phénomène qu'utilise le livre. Et peut-être même que le livre est de loin l'arme la moins utilisée pour créer la réalité. Il y a bien plus efficace aujourd'hui: l'accès à internet, la télévision, les médias en général. Mon seul accès à ces médias se limitent à ce forum pour le moment pour une raison bien précise dans le cadre d'une expérimentation. Depuis que j'ai commencé cette expérience, j'ai réalisé à quel point la réalité est bien moins angoissante que ce qu'on tente de me faire croire dans les médias. Je ré-apprends à interagir avec mon environnement, avec mes semblables autour de moi, à voir la réalité de mon environnement direct, à vivre aux rythmes divers et variés qu'offre mon environnement naturel.

Dans un autre fil, que j'avais appelé "la révolution par la terre", je réalise maintenant ce que j'avais pressentis alors: le retour à la terre est symbolique, mais il est exactement ce qui manque. Il manque ce système simple de repères qu'on oublie peu à peu, mais qui est notre nature profonde, organique. Je constate à quel point je m'éloignais de tout repères quand je me lance dans la vie telle qu'elle est présentée quand on naît, et à laquelle on nous initie. Je vois bien que les parents que je côtoie à la sortie de l'école constatent de plus en plus le malaise des enfants et leurs difficultés à comprendre et à répondre. Ils ont des enfants qu'ils emmènent vois des psychologues, des orthophonistes et pourtant le malaise est toujours là. Ces enfants sont punis parfois à cause de leur comportement jugé inacceptable à l'école, ils sont mis à l'écart, et ils réagissent en retournant leur malaise envers les autres enfants qui sont inaptes à comprendre et donc répondre convenablement à ce genre d'appel au secours.

Je n'ai passé que deux jours dans l'école de ma fille, et j'ai été touchée, bien plus profondément que j'aurai bien voulu l'avouer, par l'horreur et la tristesse de ce qui s'y passe. Le plus terrible est de constater l'immense incompétence des adultes face à tout ces enfants. Leurs formations n'est pas du tout adaptée à répondre à ce malaise que ressent les enfants. Ma première réaction à été de chercher comment sortir mes enfants de là, mais je voudrais tous les faire sortir. Je les vois bien souffrir, je les vois changer, je les vois être de plus en plus sensibles et perméables à ce malaise.

Mais quel est ce malaise? Ce malaise c'est la rupture d'avec notre nature profonde animale, organique au profit d'une réalité dite rationnelle mais qui n'est autre qu'une réalité machinale, objective et complètement déconnectée des besoins essentiels de l'être humain.

Mais vous ne les entendez pas hurler ce malaise? Il n'y a pas ceci qui crie en vous? C'est la folie d'aujourd'hui: c'est de ne pouvoir dire le mal qui nous ronge et pourtant en être conscient, c'est de vivre la division et l'arrachement sans pouvoir voir d'où il vient et comment y répondre.

Que des vérités authentiques ! Merci.

Mais je vais vous annoncer une mauvaise nouvelle. Avez-vous entendu parlé du "Métavers" ? C'est apparemment le future internet mais en 3D cette fois. Les gafa ne parient que sur ça. Cherchez le sur Google, vous comprendrez que nous sommes bien loin du bout de nos peines. 

:bienvenue:

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Annalevine Membre 3 528 messages
Mentor‚ 153ans‚
Posté(e)
Le 21/12/2021 à 08:11, Ambre Agorn a dit :

Je me suis enfin mise à lire! Je suis donc en train de lire un livre....horrible.

Les livres m'ont toujours laissé cette impression qu'ils cristallisaient une réalité et concourraient au fait que cette réalité vivait et restait un bloc que plus rien ne peut désormais briser. A chaque fois qu'un lecteur se présente, il reçoit cette réalité en bloc. Je parle de bloc parce qu'un livre se lit de bout en bout qu'on soit en accord ou non avec ce qui est dit. C'est un laisser-parler à celui qui écrit sans aucun pouvoir de l'arrêter ou de se récrier. Même si je ferme le livre, je sais bien qu'il continue sans moi à faire vivre cette réalité. Le livre est lu par d'autres, le livre emporte sa réalité qui prend de la texture et de la solidité à force d'être lu et propagé. Instinctivement, j'ai su que les mots ont un pouvoir. L'avantage que je peux trouver dans le fait qu'on me forçait au silence, c'est que je n'ai jamais eu à construire une réalité de façon très solide, et surtout j'ai eu tout mon temps pour écouter, apprendre à écouter ce qui est dit, mais aussi ce qui est tu. Car écouter passe aussi par les yeux, et j'ai vu des gens parler, j'ai vu des corps bouger, j'ai enregistré sans le savoir des schémas de réaction, des expressions corporelles, des batailles d'influences dans des discussions qui semblaient être simplement des discussions de famille, des intonations et jeux de rôles pour différentes situations et interlocuteurs. Les gens mentent, c'est un fait. Mais parler n'est qu'une façon de mentir. Ce n'est pas avec les mots que la vérité peut être dite ou montrée. Manier les mots, c'est apprendre à mentir, et surtout apprendre à croire à ses propres mensonges. Le problème, c'est que le mensonge, dans la société, a cette connotation péjorative. Et j'entends partout "Ho! Moi, tu sais, je suis direct, et je dis ce que je pense", sous-entendu, je suis une personne sincère et de confiance. Qui dirait et accepterait le fait que parler est un synonyme de mentir? Mon éducation a été de croire que mentir était péché et que c'était mal. Seulement ce qui n'a pas marché dans cet essais de lavage de cerveau, c'est qu'en m'empêchant de parler et de m'exprimer, j'ai pu voir et constater l'ironie de ce qu'on m'enseignait! Quel poids peut avoir cette façon de voir les choses: mentir est mal et constater que parler c'est mentir! Plus rien ne tient à partir du moment où la réalité enseignée est visiblement cousue de fils blancs.

Alors j'ai appris à mentir. D'autres diront que c'est la séduction qui compte et la persuasion. Ceux-là aussi me font rire et j'espère bien qu'ils comprendront que j'utilise uniquement le verbe mentir pour dire la même chose qu'eux.

J'ai toujours pensé qu'on créait la réalité qu'on concevait. Je sais pertinemment que mon cerveau aura tendance à confirmer ce que je pense et mes sens seront alors paramétrer pour trouver autour de moi la confirmation de ce que je pense, d'où mon constat. Et, tout en sachant ceci, je me sert de ces capacités, mes capacités pour concevoir un monde tel que je le sens depuis que j'ai conscience de la "texture" de ma vie.

Croire que parler c'est mentir et les menteurs sont partout. Ne plus croire aveuglement ce qui est dit. Si tout le monde ment, sans intention bonne ou mauvaise pour autant, il est alors bien plus facile d'accepter les erreurs des uns et des autres, il est bien plus facile de concevoir que l'humain reste aimable. Nos pensés sont faite de mots, d'images plus exactement, et c'est ainsi que nous fabriquons la réalité. Une fois que cette constatation m'a percuté, j'ai réalisé à quel point la réalité est plastique, à quel point je m'accrochais fermement à certains aspects de cette réalité, à quel point il est difficile de se décaler des parties de réalité commune à d'autres, voire à Je vois bien que les parents que je côtoie à la sortie de l'école constatent de plus en plus le malaise des enfants et leurs difficultés à comprendre et à répondre. Ils ont des enfants qu'ils emmènent vois des psychologues, des orthophonistes et pourtant le malaise est toujours là. Ces enfants sont punis parfois à cause de leur comportement jugé inacceptable à l'école, ils sont mis à l'écart, et ils réagissent en retournant leur malaise envers les autres enfants qui sont inaptes à comprendre et donc répondre convenablement à ce genre d'appel au secours.

Je n'ai passé que deux jours dans l'école de ma fille, et j'ai été touchée, bien plus profondément que j'aurai bien voulu l'avouer, par l'horreur et la tristesse de ce qui s'y passe. Le plus terrible est de constater l'immense incompétence des adultes face à tout ces enfants. Leurs formations n'est pas du tout adaptée à répondre à ce malaise que ressent les enfants. Ma première réaction à été de chercher comment sortir mes enfants de là, mais je voudrais tous les faire sortir. Je les vois bien souffrir, je les vois changer, je les vois être de plus en plus sensibles et perméables à ce malaise.

Mais quel est ce malaise? Ce malaise c'est la rupture d'avec notre nature profonde animale, organique au profit d'une réalité dite rationnelle mais qui n'est autre qu'une réalité machinale, objective et complètement déconnectée des besoins essentiels de l'être humain.

Mais vous ne les entendez pas hurler ce malaise? Il n'y a pas ceci qui crie en vous? C'est la folie d'aujourd'hui: c'est de ne pouvoir dire le mal qui nous ronge et pourtant en être conscient, c'est de vivre la division et l'arrachement sans pouvoir voir d'où il vient et comment y répondre.

Il appert que les profs ne sont pas vraiment adaptés à l’évolution sociale mais je ne suis pas sûr qu’ils soient les seuls responsables. Ils obéissent aussi à des directives. Il y a une mentalité française qui consiste à penser l’enseignement dans des conclaves où n’interviennent que des théoriciens complètement déconnectés d’un réel qu’ils ne connaissent pas à partir d’un vécu mais à partir d’études sur… parmi ces conseillers il y a par exemple Dehaene qui ne connaît pas l’enfant à partir d’expériences vécues au milieu d’eux mais à partir d’études…sur le cerveau. Ainsi nous avons de grands savants qui regardent le monde de l’extérieur mais jamais de l’intérieur. Et ce sont ceux là qui déterminent ensuite les enseignements réels à partir d’un centralisme parisien. 
En effet je suis surpris de voir qu’il y a de plus en plus d’enfants chez les psy. 
Il y a déjà longtemps la prof de sixième m’appela et me dit que mon fils n’arrivait pas à lire et qu’il fallait aller voir un orthophoniste. Ça m’a halluciné  et agacé. Du coup chaque soir je prenais mon fils près de moi et je me mis à lui apprendre à lire avec ma méthode, la méthode syllabique. Il sut lire, écrire, compter en deux mois, plus de problèmes. Instruit des conneries de l’enseignement français  je me mis à apprendre à mon deuxième fils à lire écrire compter avant même qu’il  aille à l’école. 
plus de problèmes. En fait mon fils aîné fut toujours en butte contre l’enseignement français. On me promit le pire : qu’il serait tout juste bon à remplir les casiers des hyper. Tu parles. Aujourd’hui il dirige une entreprise hôtelière  dont il est l’actionnaire principal en Océanie. Je me marre en pensant à toutes ces têtes savantes françaises qui ne savent qu’envoyer les enfants chez les psy ou qui font de nos bambins de futurs fonctionnaires ou personnels d’administration robotisés. 
Ne craignez pas d’intervenir dans l’éducation de vos enfants afin d’éviter de les voir hanter les cabinets des psy ou de les voir devenir des « gentils » sagement employés dans des administrations.

 

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  • 4 semaines après...
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Ambre Agorn Membre 2 150 messages
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Si la réalité est si plastique, qu’est-ce que peut être le réel ?

La réalité c’est l’illusion. Mais pourquoi deux mots s’ils décrivent le même phénomène ?

Je parlais du livre. Le livre m’apparaissait comme le précurseur de la réalité virtuelle. Les livres invitent à l’évasion et ceux qui proposent une certaine libération ou ouverture d’esprit sont peut-être les plus enfermant, sont la clé de voûte qui assure la solidité de la réalité illusoire.

Invité à s’évader, mais s’évader de quoi, d’où ? J’aurai répondu il y a quelques temps qu’ils invitaient à s’évader de la réalité, s’évader de ce qui est solide et inchangeable, immuable. Ce que je touche dehors, l’eau dans laquelle je me baigne, la course avec le chien du voisin, les arbres sur lesquels je grimpe, les pierres déplacée pour monter les murs, le bois ramassé pour le feu, tout ceci faisait partie de ce que je nommais réalité. La réalité était une ancre, un point de repère autant qu’une prison. Aussi loin que je peux remonter mes souvenirs, je me vois en continuelle révolte. Mais je n’ai sans doute jamais compris contre quoi je me battais.

Plus j’y pense et plus je me dis que le livre est peut-être le précurseur de la réalité virtuelle, mais il n’est pas à l’origine de cette volonté de s’échapper, de conquérir de nouveaux espaces, d’aller plus loin, toujours plus loin, toujours ailleurs qu’ici et maintenant. Mais là encore, qu’est-ce qu’ici et maintenant sinon une illusion que mes sens vivent ? Vouloir nommer n’est-il pas déjà la démonstration de ma volonté de conquérir, d’enfermer quelque chose dans ma perception sensitive et asservir intellectuellement et rationnellement ce qui est perçu, pour la construction d’une réalité ? Pourquoi ce désir de construire et en même temps ce désir de détruire ? Pourquoi construire des murs et vouloir s’en échapper ? Serais-je mon propre tortionnaire ?

Je me suis tout d’abord révoltée contre un certain classement qui m’empêchait d’évoluer en société et qui me maintenait dans un milieu que je refusais comme déterminant. Puis je me suis révoltée contre les études en général, contre le système éducatif, préférant la confrontation directe avec le monde et son indissociable prédation. Alors je me suis révoltée contre les mots, les discours et ceux qui les utilisent qui manipulent. Vient maintenant la révolte contre le livre et la réalité virtuelle. Pourtant en quittant les études, je me suis lancée dans la société, dans le milieu qui était le mien et j’ai brisé quelque chose. Dans ma révolte contre les mots, j’ai étudié ces mêmes mots, m’en suis servie et j’ai explosé quelque chose. A chaque fois, je suis obligée de me confronter à une réalité, l’explorer jusqu’à ses racines, jusqu’à ses arcanes les plus secrètes pour la faire cesser, l’anéantir, l’annihiler. C’est pour cela que j’ai commencé à lire, même si c’est un supplice. Le pouvoir que maintient le livre, ou les médias, doit trouver son annihilation en moi car c’est sans doute aussi ici qu’il puise son pouvoir.

Les sens sont ce qui me défini le plus … définitivement. Pourtant ce n’est que paramétrage, encodage (ou illusion ou éducation ou formatage), et il est possible de changer ces paramètres, réécrire les codes. Possible dis-je ? Mon erreur a été de croire que je n’étais qu’une utilisatrice de mon corps et qu’il fallait que je m’y fasse, que je fasse avec, voire parfois faire contre ou malgré lui. Mais en fait je ne suis pas qu'utilisatrice, je suis l’encodeur, l'outil et la main qui le manie, la magicienne, le dieu (j’allais mettre la déesse, mais ce mot est moins fort, moins absolu : la langue française est misogyne). Je suis tout, la même et son inverse, la même et tous ses inverses ; le pouvoir est en moi, il n’est pas extérieur, même s’il est aussi extérieur. Encore faut-il que je m’approprie ce pouvoir factuellement.

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Ambre Agorn Membre 2 150 messages
Mentor‚ 35ans‚
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Le 21/12/2021 à 10:20, system3 a dit :

Que des vérités authentiques ! Merci.

Mais je vais vous annoncer une mauvaise nouvelle. Avez-vous entendu parlé du "Métavers" ? C'est apparemment le future internet mais en 3D cette fois. Les gafa ne parient que sur ça. Cherchez le sur Google, vous comprendrez que nous sommes bien loin du bout de nos peines. 

:bienvenue:

Bonjour!

J'ai eu des doutes concernant le ton que vous auriez utilisé en écrivant ceci. Et puis j'ai décidé que ce n'était pas ironique de votre part.

En effet j'ai entendu parlé du métavers, mais il n'y a rein de nouveau dans le concept, il ne fait que se développer.

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Ambre Agorn Membre 2 150 messages
Mentor‚ 35ans‚
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Le 21/12/2021 à 16:14, Annalevine a dit :

Il appert que les profs ne sont pas vraiment adaptés à l’évolution sociale mais je ne suis pas sûr qu’ils soient les seuls responsables. Ils obéissent aussi à des directives. Il y a une mentalité française qui consiste à penser l’enseignement dans des conclaves où n’interviennent que des théoriciens complètement déconnectés d’un réel qu’ils ne connaissent pas à partir d’un vécu mais à partir d’études sur… parmi ces conseillers il y a par exemple Dehaene qui ne connaît pas l’enfant à partir d’expériences vécues au milieu d’eux mais à partir d’études…sur le cerveau. Ainsi nous avons de grands savants qui regardent le monde de l’extérieur mais jamais de l’intérieur. Et ce sont ceux là qui déterminent ensuite les enseignements réels à partir d’un centralisme parisien. 
En effet je suis surpris de voir qu’il y a de plus en plus d’enfants chez les psy. 
Il y a déjà longtemps la prof de sixième m’appela et me dit que mon fils n’arrivait pas à lire et qu’il fallait aller voir un orthophoniste. Ça m’a halluciné  et agacé. Du coup chaque soir je prenais mon fils près de moi et je me mis à lui apprendre à lire avec ma méthode, la méthode syllabique. Il sut lire, écrire, compter en deux mois, plus de problèmes. Instruit des conneries de l’enseignement français  je me mis à apprendre à mon deuxième fils à lire écrire compter avant même qu’il  aille à l’école. 
plus de problèmes. En fait mon fils aîné fut toujours en butte contre l’enseignement français. On me promit le pire : qu’il serait tout juste bon à remplir les casiers des hyper. Tu parles. Aujourd’hui il dirige une entreprise hôtelière  dont il est l’actionnaire principal en Océanie. Je me marre en pensant à toutes ces têtes savantes françaises qui ne savent qu’envoyer les enfants chez les psy ou qui font de nos bambins de futurs fonctionnaires ou personnels d’administration robotisés. 
Ne craignez pas d’intervenir dans l’éducation de vos enfants afin d’éviter de les voir hanter les cabinets des psy ou de les voir devenir des « gentils » sagement employés dans des administrations.

Bonjour

Je ne jetais pas la pierre aux enseignantes dans l'école de mes filles. Je disais qu'elles n'étaient pas formées pour répondre aux vrai besoins des enfants, elles ne sont chargées que de former, d'inculquer une masse d'information dans leur petit tête. Je sais bien qu'il est impossible de demander à la maîtresse de se dresser contre le système éducatif, moi seule peut le faire. Je suis reconnaissante envers la maîtresse qui s'occupe de mes filles: elle est douce et aimée des enfants. Elle n'est pas responsable du désastre que je perçois, que mes enfants supportent et subissent.

Et, apparemment comme vous, j'ai déjà pris en main l'apprentissage de la lecture pour l'aînée et maintenant pour la seconde, et autre matière. Tout simplement parce que mes parents ont fait ainsi avec tout leurs enfants et que j'ai constaté les bienfaits de cet apprentissage en me comparant aux autres, en nous comparant aux autres. Et je passe une bonne partie de mon temps en déconstruction de ce que mes filles me rapportent de l'école. Je ne veux pas qu'elles croient que c'est la seule vérité qui leur est enseigné et qu'il y a beaucoup plus large que cet éventail de techniques qu'on leur y inculque.

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Membre, Posté(e)
system3 Membre 625 messages
Forumeur expérimenté‚
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Il y a 1 heure, Ambre Agorn a dit :

Bonjour!

J'ai eu des doutes concernant le ton que vous auriez utilisé en écrivant ceci. Et puis j'ai décidé que ce n'était pas ironique de votre part.

En effet j'ai entendu parlé du métavers, mais il n'y a rein de nouveau dans le concept, il ne fait que se développer.

Bonjour. Non je ne faisais pas d'ironie. Le tout virtuel est ce qui est prévu pour toute la planète. Comme disait Heidegger "seul un dieu peut nous sauver".

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Membre, 77ans Posté(e)
Blaquière Membre 19 162 messages
Maitre des forums‚ 77ans‚
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il y a 33 minutes, system3 a dit :

Bonjour. Non je ne faisais pas d'ironie. Le tout virtuel est ce qui est prévu pour toute la planète. Comme disait Heidegger "seul un dieu peut nous sauver".

Tu l'as dit : on n'est pas au bout de nos peines ...

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Membre, 77ans Posté(e)
Blaquière Membre 19 162 messages
Maitre des forums‚ 77ans‚
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il y a une heure, system3 a dit :

Bonjour. Non je ne faisais pas d'ironie. Le tout virtuel est ce qui est prévu pour toute la planète. Comme disait Heidegger "seul un dieu peut nous sauver".

Alors on est foutus !

C'est un argument de certains climatosceptiques qui m'a laissé... Sur le cul : "De toutes façons si on arrivait à un point de non retour, Dieu nous en sauverait comme Il l'a toujours fait !"

Autre point : ce monde virtuel vers le quel  "on" nous pousse c'est le royaume absolu de la manipulation...

Là en ce moment je vois du coin de l'oeil Macron qui parle "à l'Europe" ! C'est un monde virtuel, ce parlement ! Depuis son niveau de distribution géométrique des sièges... Un monde théorique... Qu'est-ce qu'on le sent heureux de faire son numéro de bon élève...

On est foutus ! :DD

Modifié par Blaquière
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Membre, 153ans Posté(e)
Annalevine Membre 3 528 messages
Mentor‚ 153ans‚
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Le 19/01/2022 à 08:43, Ambre Agorn a dit :

Si la réalité est si plastique, qu’est-ce que peut être le réel ?

La réalité c’est l’illusion. Mais pourquoi deux mots s’ils décrivent le même phénomène ?

Je parlais du livre. Le livre m’apparaissait comme le précurseur de la réalité virtuelle. Les livres invitent à l’évasion et ceux qui proposent une certaine libération ou ouverture d’esprit sont peut-être les plus enfermant, sont la clé de voûte qui assure la solidité de la réalité illusoire.

Invité à s’évader, mais s’évader de quoi, d’où ? J’aurai répondu il y a quelques temps qu’ils invitaient à s’évader de la réalité, s’évader de ce qui est solide et inchangeable, immuable. Ce que je touche dehors, l’eau dans laquelle je me baigne, la course avec le chien du voisin, les arbres sur lesquels je grimpe, les pierres déplacée pour monter les murs, le bois ramassé pour le feu, tout ceci faisait partie de ce que je nommais réalité. La réalité était une ancre, un point de repère autant qu’une prison. Aussi loin que je peux remonter mes souvenirs, je me vois en continuelle révolte. Mais je n’ai sans doute jamais compris contre quoi je me battais.

Plus j’y pense et plus je me dis que le livre est peut-être le précurseur de la réalité virtuelle, mais il n’est pas à l’origine de cette volonté de s’échapper, de conquérir de nouveaux espaces, d’aller plus loin, toujours plus loin, toujours ailleurs qu’ici et maintenant. Mais là encore, qu’est-ce qu’ici et maintenant sinon une illusion que mes sens vivent ? Vouloir nommer n’est-il pas déjà la démonstration de ma volonté de conquérir, d’enfermer quelque chose dans ma perception sensitive et asservir intellectuellement et rationnellement ce qui est perçu, pour la construction d’une réalité ? Pourquoi ce désir de construire et en même temps ce désir de détruire ? Pourquoi construire des murs et vouloir s’en échapper ? Serais-je mon propre tortionnaire ?

Je me suis tout d’abord révoltée contre un certain classement qui m’empêchait d’évoluer en société et qui me maintenait dans un milieu que je refusais comme déterminant. Puis je me suis révoltée contre les études en général, contre le système éducatif, préférant la confrontation directe avec le monde et son indissociable prédation. Alors je me suis révoltée contre les mots, les discours et ceux qui les utilisent qui manipulent. Vient maintenant la révolte contre le livre et la réalité virtuelle. Pourtant en quittant les études, je me suis lancée dans la société, dans le milieu qui était le mien et j’ai brisé quelque chose. Dans ma révolte contre les mots, j’ai étudié ces mêmes mots, m’en suis servie et j’ai explosé quelque chose. A chaque fois, je suis obligée de me confronter à une réalité, l’explorer jusqu’à ses racines, jusqu’à ses arcanes les plus secrètes pour la faire cesser, l’anéantir, l’annihiler. C’est pour cela que j’ai commencé à lire, même si c’est un supplice. Le pouvoir que maintient le livre, ou les médias, doit trouver son annihilation en moi car c’est sans doute aussi ici qu’il puise son pouvoir.

Les sens sont ce qui me défini le plus … définitivement. Pourtant ce n’est que paramétrage, encodage (ou illusion ou éducation ou formatage), et il est possible de changer ces paramètres, réécrire les codes. Possible dis-je ? Mon erreur a été de croire que je n’étais qu’une utilisatrice de mon corps et qu’il fallait que je m’y fasse, que je fasse avec, voire parfois faire contre ou malgré lui. Mais en fait je ne suis pas qu'utilisatrice, je suis l’encodeur, l'outil et la main qui le manie, la magicienne, le dieu (j’allais mettre la déesse, mais ce mot est moins fort, moins absolu : la langue française est misogyne). Je suis tout, la même et son inverse, la même et tous ses inverses ; le pouvoir est en moi, il n’est pas extérieur, même s’il est aussi extérieur. Encore faut-il que je m’approprie ce pouvoir factuellement.

Les livres, quels qu’ils soient, développent l’imaginaire. Il n’y a pas que les livres qui développent l’imaginaire bien sûr. L’imaginaire c’est la capacité à faire en soi de nouvelles associations d’idées, la capacité, grâce à des associations inédites, de faire de nouveaux projets. Dans le monde de la recherche l’imagination est essentielle par exemple. L’imagination n’est pas le virtuel. 
La capacité de faire sans cesse de nouveaux projets s’appuie sur l’imagination. Sans cette capacité de sans cesse chercher, faire des projets, votre pensée vieillit et s’assèche. 

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Membre, 153ans Posté(e)
Annalevine Membre 3 528 messages
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Le 19/01/2022 à 09:02, Ambre Agorn a dit :

Bonjour

Je ne jetais pas la pierre aux enseignantes dans l'école de mes filles. Je disais qu'elles n'étaient pas formées pour répondre aux vrai besoins des enfants, elles ne sont chargées que de former, d'inculquer une masse d'information dans leur petit tête. Je sais bien qu'il est impossible de demander à la maîtresse de se dresser contre le système éducatif, moi seule peut le faire. Je suis reconnaissante envers la maîtresse qui s'occupe de mes filles: elle est douce et aimée des enfants. Elle n'est pas responsable du désastre que je perçois, que mes enfants supportent et subissent.

Et, apparemment comme vous, j'ai déjà pris en main l'apprentissage de la lecture pour l'aînée et maintenant pour la seconde, et autre matière. Tout simplement parce que mes parents ont fait ainsi avec tout leurs enfants et que j'ai constaté les bienfaits de cet apprentissage en me comparant aux autres, en nous comparant aux autres. Et je passe une bonne partie de mon temps en déconstruction de ce que mes filles me rapportent de l'école. Je ne veux pas qu'elles croient que c'est la seule vérité qui leur est enseigné et qu'il y a beaucoup plus large que cet éventail de techniques qu'on leur y inculque.

Assez vite je n’ai attendu de l’école qu’un apport technique complémentaire au mien. Quand au fond, à la transmission des idées, j’ai toujours été là, mon épouse aussi. Je n’ai jamais déconstruit les échos  venus de l’école ou de la rue. J’ai toujours emporté ( avec mon épouse)  nos enfants avec moi, dans l’affirmation toujours « offensive » de mes idées et de mes actes. Déconstruire l’autre c’est donner de l’importance à ce que nous voulons déconstruire et c’est finalement braquer le projecteur de la pensée de l’enfant sur le « déconstruit ». 
 

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Membre, 35ans Posté(e)
Ambre Agorn Membre 2 150 messages
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La douleur, la souffrance

Je viens d'enterrer mon père. Il est mort subitement et, même si intellectuellement on a tous compris ce qui se passait, quelque chose en nous n'arrive pas à faire surface, à s'assembler. C'est comme si l'on se trouvait sur une terre inconnue dont on ne saurait rien ni des lois naturelles ni des lois établies par ses habitants: l'ignorance nous projetant à la merci de tout et tous, sans protection aucune. Une immobilité et une gangue d'inertie nous ramenant continuellement à la réalité et sa nécessité immédiate, impossible à s'envoler ou s'échapper. Comme si on n'avait pas encore choisi de souffrir ou de passer à travers les intempéries sans fondre, juste être mouillés sans être effondrés. Ma propre inertie me glaçait, je voulais réchauffer mon corps, mon "âme", je voulais pleurer les larmes que mes frères et sœurs n'arrivaient pas à lâcher. Pourtant, comme moi, je sentais un monde d'amour contrarié, silencieux derrière leurs yeux et chacun de leur geste. Des regards plus longs que d'ordinaire comme pour quêter une aide, un signe de compréhension, un miroir où se mirer et se reconnaître. Des attentions qui émeuvent. Des mots qui se perdent en cours de phrase aspirés dans un souvenir cueilli comme un fruit précieux. Un souvenir revécu et ce constat qu'aucun regret ne pointe alors que celui qui fut notre père reposait dans son cercueil attendant d'être enterré. Cette honte de ne rien ressentir de l'ouragan de douleur qu'on nous promettait, et pourtant ne pas accepter de jouer la comédie. Cette ignorance de ce qui est attendu et de ce qu'il faut faire, comment être, comment se comporter. Cette précieuse ignorance que je retrouvais dans chacun d'eux, faisant écho à la mienne, et qui les rendaient beaux, véritables, entiers et sincères. L'ignorance de ce qu'est la mort malgré son frôlement, malgré le trou béant qu'elle ouvrait dans notre quotidien. La saveur nouvelle découverte dans les petits gestes du quotidien, la densité de ce qui se passe, la distorsion du temps, l'inéluctabilité qui nous entraîne dans son cortège. Un temps dans le temps.

Et puis il y a le choc: la confrontation des réalités. L'immense indélicatesse de ceux qui veulent à tout prix se rappeler à nous par des condoléances qu'on ne comprend pas, qui nous rappellent et nous attirent dans un rôle à tenir. Il sont là pour montrer qu'ils pensent à nous, qu'ils compatissent, qu'ils savent à quel point ça doit être dur pour nous. Eux aussi ne savent pas, alors ils jouent un rôle qu'ils ont déjà vu faire et le répètent sans savoir ni même imaginer les conséquences. Personne ne sait, et c'est un ballet de jeu de rôle, celui derrière lequel il faut se cacher pour paraître. Il y a ceux qui compatissent, mais je n'arrivais pas à trouver l'écho en moi de la souffrance qu'ils montraient, qu'ils pensaient voir. Et puis il y a les indélicats, ceux qui font des jeux de mots sans imaginer le potentiel dévastateur de leurs mots fins ou grossiers. Même eux n'arrivaient pas à nous sortir de l'état dans lequel nous étions. Et puis il y a ceux qui ne parlent pas, qui sont proches et discrets, qui sont comme un négatif de ce que nous sommes, qui sont le creux dans lequel le poing s'enfonce, qui sont le calme quand la confusion s'empare de nous, qui sont immuables quand tout s'écroule, qui sont la braise quand la veilleuse s'éteint, qui sont l'âme de la maison quand elle faillit, qui soutiennent l'élan quand l'énergie manque. Ils sont rares et souvent font partie de ceux qui sont le plus atteint, ou qui ont été le plus atteint. Ils sont presque invisibles, indétectables car ils s'oublient pour être ce dont on a besoin.

Face à maman, je ne pouvais qu'imaginer sa souffrance, face à la fratrie les autres ne pouvaient qu'imaginer notre souffrance, même entre nous, nous nous jaugions, nous nous observions, concentrés, attentionnés. Alors on réagis tous à ce que l'on imagine, ce que l'on interprète, et parfois les dégâts sont irréparables, rarement le réconfort atteint sa cible.

Quelqu'un m'avait dit un jour à quel point il avait mal vécu l'intrusion des autres dans sa douleur, ou plutôt la distraction forcée pour le sortir de son monde de douleur. Il voulait qu'on le laisse vivre et consumer la douleur qui l'atteignait, mais personne ne le laissait en paix et continuellement il devait s'oublier pour répondre aux condoléances, aux courbettes et aux rappels de souvenirs. Et puis le temps passe et il s'est retrouvé seul. Seul quand il est sorti de sa torpeur, seul face à la solitude et sa froideur. Si seul et diminué que, malgré son rang et sa notoriété, il était contraint de s'adresser à moi, la serveuse du restaurant, une inconnue présente.

Voir quelqu'un souffrir est très déroutant. Celui qui souffre a une aura particulière, il a un statut à part. Sa souffrance est incompréhensible et on est projeté contre l'impossibilité de réaliser, on ne peut juste qu'imaginer. Et c'est cette imagination qui va nous guider dans les mots, les gestes les attitudes face à celui qui souffre. Il faut un dénuement particulier pour espérer atteindre le monde reculé de celui qui souffre, pour l'atteindre sans le brutaliser, le rejoindre sans nier sa souffrance mais sans la sacraliser. Ca ne s'improvise pas, il faut s'entraîner au quotidien, trouver la fluidité et l'unité indispensable pour être digne d'arpenter les terres inconnues de l'autre, l'autre qui nous appelle de hurlements muets et de danses immobiles.

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  • 9 mois après...
Membre, 35ans Posté(e)
Ambre Agorn Membre 2 150 messages
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Tu crois que je pleure la perte d'un enfant, de mon bébé?

Tu crois que les larmes qui coulent sur mon visage sont l'expression de la tristesse, du deuil, de la perte?

Tu crois que je me tais parce que la tristesse, le vide me submerge et que tu comprends ceci?

Tu crois que la femme est faite pour porter la vie et qu'elle n'a de cesse que de rechercher cet enfantement?

Tu crois que la femme n'a de cesse que de conserver et faire des réserves pour sa progéniture?

Tu crois que je suis une femme parce que j'ai un corps de femme et que tu as un corps de femme ou d'homme?

Tu crois que je suis une femme parce que tout ce que tu as pu lire ou entrevoir t'a montré que j'étais en effet une femme?

Tu crois que je ne fais que fuir et que l'enfantement est le summum de ma fuite, la fuite dans l'espoir, la fuite dans ma projection de l'enfant?

Tu crois que tu connais la femme?

Une femme c'est une femelle qui a compris le sens du sacrifice. Compris au point de se l'approprier, de l'intégrer et d'en être la maîtresse. Au lieu de subir le sacrifice que la vie et sa condition lui impose, elle en a fait sa parure et sa force.

Tu crois savoir ce qu'est le sacrifice parce que tu es capable d'en parler, de discourir et avoir de belles phrases à son sujet? Mais parce que tu parles et raisonnes, tu ne peux pas savoir ce que c'est. Car le sacrifice ne peut naître que dans le silence.

Tu crois que j'ai souffert pour rendre cet enfant à la terre? Pourquoi rendre serait souffrance? Non, je ne souffre pas, mais je suis toute entière dans le sacrifice de ce qui ne m'a pas été donné. J'ai rendu cet enfant, je l'ai enterré et je l'ai pleuré. Là s'arrête mon rôle de femelle. Mais je suis femme.

Tu crois que j'ai cru posséder la vie, que j'ai cru donner la vie et que la mort m'avait enlevé quelque chose, quelqu'un? Je ne donne pas la mort, alors je ne donne pas la vie. Elle passe au-travers de moi, je suis femelle alors j'enfante pour elle. Elle n'a pas voulu que cet enfant arpente les pentes vertes et les forêts sombres, c'est elle qui décide. Mais je suis femme, alors j'ai enrichi cet être, il est devenu plus beau parce qu'il porte une parcelle de moi, il porte ce que la vie ne peut donner et ne peut enlever. La vie a pris un risque en me confiant cet enfant, car il est le prémisse de ce qu'elle ne peut prévoir. Il n'est ni homme ni femme, il est humain parce qu'il porte le sens du sacrifice.

 

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Membre, Posté(e)
satinvelours Membre 3 006 messages
Forumeur vétéran‚
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Le 01/02/2022 à 16:01, Ambre Agorn a dit :

La douleur, la souffrance

Je viens d'enterrer mon père. Il est mort subitement et, même si intellectuellement on a tous compris ce qui se passait, quelque chose en nous n'arrive pas à faire surface, à s'assembler. C'est comme si l'on se trouvait sur une terre inconnue dont on ne saurait rien ni des lois naturelles ni des lois établies par ses habitants: l'ignorance nous projetant à la merci de tout et tous, sans protection aucune. Une immobilité et une gangue d'inertie nous ramenant continuellement à la réalité et sa nécessité immédiate, impossible à s'envoler ou s'échapper. Comme si on n'avait pas encore choisi de souffrir ou de passer à travers les intempéries sans fondre, juste être mouillés sans être effondrés. Ma propre inertie me glaçait, je voulais réchauffer mon corps, mon "âme", je voulais pleurer les larmes que mes frères et sœurs n'arrivaient pas à lâcher. Pourtant, comme moi, je sentais un monde d'amour contrarié, silencieux derrière leurs yeux et chacun de leur geste. Des regards plus longs que d'ordinaire comme pour quêter une aide, un signe de compréhension, un miroir où se mirer et se reconnaître. Des attentions qui émeuvent. Des mots qui se perdent en cours de phrase aspirés dans un souvenir cueilli comme un fruit précieux. Un souvenir revécu et ce constat qu'aucun regret ne pointe alors que celui qui fut notre père reposait dans son cercueil attendant d'être enterré. Cette honte de ne rien ressentir de l'ouragan de douleur qu'on nous promettait, et pourtant ne pas accepter de jouer la comédie. Cette ignorance de ce qui est attendu et de ce qu'il faut faire, comment être, comment se comporter. Cette précieuse ignorance que je retrouvais dans chacun d'eux, faisant écho à la mienne, et qui les rendaient beaux, véritables, entiers et sincères. L'ignorance de ce qu'est la mort malgré son frôlement, malgré le trou béant qu'elle ouvrait dans notre quotidien. La saveur nouvelle découverte dans les petits gestes du quotidien, la densité de ce qui se passe, la distorsion du temps, l'inéluctabilité qui nous entraîne dans son cortège. Un temps dans le temps.

Et puis il y a le choc: la confrontation des réalités. L'immense indélicatesse de ceux qui veulent à tout prix se rappeler à nous par des condoléances qu'on ne comprend pas, qui nous rappellent et nous attirent dans un rôle à tenir. Il sont là pour montrer qu'ils pensent à nous, qu'ils compatissent, qu'ils savent à quel point ça doit être dur pour nous. Eux aussi ne savent pas, alors ils jouent un rôle qu'ils ont déjà vu faire et le répètent sans savoir ni même imaginer les conséquences. Personne ne sait, et c'est un ballet de jeu de rôle, celui derrière lequel il faut se cacher pour paraître. Il y a ceux qui compatissent, mais je n'arrivais pas à trouver l'écho en moi de la souffrance qu'ils montraient, qu'ils pensaient voir. Et puis il y a les indélicats, ceux qui font des jeux de mots sans imaginer le potentiel dévastateur de leurs mots fins ou grossiers. Même eux n'arrivaient pas à nous sortir de l'état dans lequel nous étions. Et puis il y a ceux qui ne parlent pas, qui sont proches et discrets, qui sont comme un négatif de ce que nous sommes, qui sont le creux dans lequel le poing s'enfonce, qui sont le calme quand la confusion s'empare de nous, qui sont immuables quand tout s'écroule, qui sont la braise quand la veilleuse s'éteint, qui sont l'âme de la maison quand elle faillit, qui soutiennent l'élan quand l'énergie manque. Ils sont rares et souvent font partie de ceux qui sont le plus atteint, ou qui ont été le plus atteint. Ils sont presque invisibles, indétectables car ils s'oublient pour être ce dont on a besoin.

Face à maman, je ne pouvais qu'imaginer sa souffrance, face à la fratrie les autres ne pouvaient qu'imaginer notre souffrance, même entre nous, nous nous jaugions, nous nous observions, concentrés, attentionnés. Alors on réagis tous à ce que l'on imagine, ce que l'on interprète, et parfois les dégâts sont irréparables, rarement le réconfort atteint sa cible.

Quelqu'un m'avait dit un jour à quel point il avait mal vécu l'intrusion des autres dans sa douleur, ou plutôt la distraction forcée pour le sortir de son monde de douleur. Il voulait qu'on le laisse vivre et consumer la douleur qui l'atteignait, mais personne ne le laissait en paix et continuellement il devait s'oublier pour répondre aux condoléances, aux courbettes et aux rappels de souvenirs. Et puis le temps passe et il s'est retrouvé seul. Seul quand il est sorti de sa torpeur, seul face à la solitude et sa froideur. Si seul et diminué que, malgré son rang et sa notoriété, il était contraint de s'adresser à moi, la serveuse du restaurant, une inconnue présente.

Voir quelqu'un souffrir est très déroutant. Celui qui souffre a une aura particulière, il a un statut à part. Sa souffrance est incompréhensible et on est projeté contre l'impossibilité de réaliser, on ne peut juste qu'imaginer. Et c'est cette imagination qui va nous guider dans les mots, les gestes les attitudes face à celui qui souffre. Il faut un dénuement particulier pour espérer atteindre le monde reculé de celui qui souffre, pour l'atteindre sans le brutaliser, le rejoindre sans nier sa souffrance mais sans la sacraliser. Ca ne s'improvise pas, il faut s'entraîner au quotidien, trouver la fluidité et l'unité indispensable pour être digne d'arpenter les terres inconnues de l'autre, l'autre qui nous appelle de hurlements muets et de danses immobiles.

C’est toute la question de la littérature. La littérature est elle là pour magnifier l’écrivain dans sa capacité à écrire, à dire, ou est elle là pour autre chose ? 
Est elle là pour recycler la souffrance du monde dans une expression qui prend racine et se nourrit  dans la jouissance du dire ( confer Patrick Poivre d’Arvor parlant de sa fille suicidée) où est elle là pour dire la nudité violente de la condition humaine ( Annie Ernaux) ? 
Notre civilisation, pour le moment, admire l’expression de l’écrit, contre l’expression du violent, sec et cruel. 
 

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Membre, Posté(e)
satinvelours Membre 3 006 messages
Forumeur vétéran‚
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Ce topic me permet de prendre enfin conscience de la critique d’Arthur Rimbaud face à quantité d’écrivains ( lettre du voyant). Il critiquait les écrivains « sensibles ». Je ne voyais pas ce qu’il voulait dire. 
Il dénonçait les écrivains qui, émus par leur propre émotion, écrivent cette émotion. 
Chez de tels écrivains ce n’est plus la cause de l’émotion qui importe (une mort par exemple) c’est l’émotion engendrée par cette cause. La cause originelle est utilisée pour mettre en scène cette émotion. 
Il faut reconnaître que cette littérature, mettre en scène ses émotions, dans l’indifférence totale de la cause de l’émotion, est appréciée. 

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Membre, 35ans Posté(e)
Ambre Agorn Membre 2 150 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)
Le 17/11/2022 à 12:54, satinvelours a dit :

C’est toute la question de la littérature. La littérature est elle là pour magnifier l’écrivain dans sa capacité à écrire, à dire, ou est elle là pour autre chose ? 
Est elle là pour recycler la souffrance du monde dans une expression qui prend racine et se nourrit  dans la jouissance du dire ( confer Patrick Poivre d’Arvor parlant de sa fille suicidée) où est elle là pour dire la nudité violente de la condition humaine ( Annie Ernaux) ? 
Notre civilisation, pour le moment, admire l’expression de l’écrit, contre l’expression du violent, sec et cruel. 

Je ne sais pas ce que la littérature ou la philosophie est pour les autres, pour les écrivains, les littéraires, pour les auteurs en tout genre, mais j'ai mon idée à moi (forcément), qu'importe si elle ne colle pas à ce qu'il faudrait, ce qui est établi.

Il m'importe peu d'être admirée, mais j'ai parfois besoin d'un lecteur. Peut-être pas pour savoir que je suis lue, mais pour me placer dans une certaine discipline dû au fait de potentiellement être lue.

J'aime les mots, parce qu'ils construisent aussi bien qu'ils détruisent.

La vie n'a parfois aucun sens, elle est juste plus ou moins cruelle et terrifiante, dégueulasse et immonde. L'injustice y règne en maître absolu, même si de bons penseurs tentent d'ériger contre elle des concepts qui font du "fla-fla" au cœur de ceux pour qui tout va bien.

Quel terrible moment que de sentir toutes ces belles constructions intellectuelles se démanteler, perdre toute valeur et n'être que du vent face à la réalité de la vie et ses rouages. Quelle désillusion de voir que tout ce qu'on a pu m'apprendre, me faire croire, m'inculquer n'est que mensonge et manipulation. Quelle horreur de sentir l'impuissance de chacun à incarner ce qu'il prétend, tout en proposant de m'aider. La seule aide que je puisse véritablement trouver est en moi et moi seule. D'autres vont voir des psy, des amis, le prêtre ou le guru, d'autres vont se bourrer la gueule ou préparer une vengeance. Ce n'est pas de l'aide que je demande à ceux qui m'entourent. C'est une grâce: laissez-moi sortir de mon rôle et être mal, laissez-moi cracher le venin qui me pourrit les entrailles sans que vous vous offusquiez ou vous sentiez attaqués, laissez-moi vous abandonner, vous haïr et revenir vers vous avec dignité, sans qu'il n'y ait dans vos yeux l'horreur de ce qui m'a traversé. Peut-être que la seule aide que je puisse demander est celle de me décentrer, penser à autre chose le temps de reprendre mon souffle.

Non, ça n'ira pas mieux: on ne fait que perdre face à l'usure du temps. La seule parade que j'ai trouvé c'est de ne rien laisser à l'usure du temps. Je préfère lâcher tout et n'avoir rien à ressasser, rien à regretter, et pour ce faire, moi j'écris. J'écris ce qui ne doit pas rester à s'user, ce qui ne doit pas subir l'offense de l'oubli. Alors j'écris dans les nuages et sur les feuilles, sur des courants et des ondes. J'écris pour transformer l'horreur en force ou en beauté, tel que mon cœur peut le faire malgré le dégoût de la vie. J'écris pour imaginer et construire un monde qui n'est pas celui auquel on m'a fait croire.

Naïve? Qu'importe! Les mots passent et s'envolent, demain il n'en restera sans doute rien ou j'aurai tout oublié et mes yeux verront autre chose, mes oreille d'autres bruit, mes yeux d'autres lumières, mes mains d'autres caresses.

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Membre, 49ans Posté(e)
Elisa* Membre 13 541 messages
Maitre des forums‚ 49ans‚
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il y a 26 minutes, Ambre Agorn a dit :

Je ne sais pas ce que la littérature ou la philosophie est pour les autres, pour les écrivains, les littéraires, pour les auteurs en tout genre, mais j'ai mon idée à moi (forcément), qu'importe si elle ne colle pas à ce qu'il faudrait, ce qui est établi.

Il m'importe peu d'être admirée, mais j'ai parfois besoin d'un lecteur. Peut-être pas pour savoir que je suis lue, mais pour me placer dans une certaine discipline dû au fait de potentiellement être lue.

J'aime les mots, parce qu'ils construisent aussi bien qu'ils détruisent.

La vie n'a parfois aucun sens, elle est juste plus ou moins cruelle et terrifiante, dégueulasse et immonde. L'injustice y règne en maître absolu, même si de bons penseurs tentent d'ériger contre elle des concepts qui font du "fla-fla" au cœur de ceux pour qui tout va bien.

Quel terrible moment que de sentir toutes ces belles constructions intellectuelles se démanteler, perdre toute valeur et n'être que du vent face à la réalité de la vie et ses rouages. Quelle désillusion de voir que tout ce qu'on a pu m'apprendre, me faire croire, m'inculquer n'est que mensonge et manipulation. Quelle horreur de sentir l'impuissance de chacun à incarner ce qu'il prétend, tout en proposant de m'aider. La seule aide que je puisse véritablement trouver est en moi et moi seule. D'autres vont voir des psy, des amis, le prêtre ou le guru, d'autres vont se bourrer la gueule ou préparer une vengeance. Ce n'est pas de l'aide que je demande à ceux qui m'entourent. C'est une grâce: laissez-moi sortir de mon rôle et être mal, laissez-moi cracher le venin qui me pourrit les entrailles sans que vous vous offusquiez ou vous sentiez attaqués, laissez-moi vous abandonner, vous haïr et revenir vers vous avec dignité, sans qu'il n'y ait dans vos yeux l'horreur de ce qui m'a traversé. Peut-être que la seule aide que je puisse demander est celle de me décentrer, penser à autre chose le temps de reprendre mon souffle.

Non, ça n'ira pas mieux: on ne fait que perdre face à l'usure du temps. La seule parade que j'ai trouvé c'est de ne rien laisser à l'usure du temps. Je préfère lâcher tout et n'avoir rien à ressasser, rien à regretter, et pour ce faire, moi j'écris. J'écris ce qui ne doit pas rester à s'user, ce qui ne doit pas subir l'offense de l'oubli. Alors j'écris dans les nuages et sur les feuilles, sur des courants et des ondes. J'écris pour transformer l'horreur en force ou en beauté, tel que mon cœur peut le faire malgré le dégoût de la vie. J'écris pour imaginer et construire un monde qui n'est pas celui auquel on m'a fait croire.

Naïve? Qu'importe! Les mots passent et s'envolent, demain il n'en restera sans doute rien ou j'aurai tout oublié et mes yeux verront autre chose, mes oreille d'autres bruit, mes yeux d'autres lumières, mes mains d'autres caresses.

:) Et bien je te lis et partage de tout cœur certaines de tes émotions… j’ai l’envie de retenir que les mots sont parfois des remèdes aux maux.

Ainsi va la vie… demain est un autre jour ! :fleur:

  • Merci 1
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Membre, Posté(e)
satinvelours Membre 3 006 messages
Forumeur vétéran‚
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En fait, @Ambre Agornvotre texte à propos de tel ou tel événement dramatique, texte d’ailleurs bien écrit, m’a permis de mieux comprendre mon agacement pour ne pas dire pire face à tout texte qui décrit exclusivement ou principalement les émotions et sentiments de l’auteur.

Remarquez bien que ma critique est liée à une « culture » personnelle atypique. Je veux dire par là que votre texte emportera l’adhésion du plus grand nombre. Lequel, le plus grand nombre, ne voit dans la littérature et dans l’art en général qu’une expression ( savante, géniale, pertinente, etc) des émotions et des sentiments de l’auteur, expression destinée à emporter l’identification  des consommateurs au créateur, Lesquels, in fine, finiront par glorifier l’artiste. 
 

Ceux qui aiment la littérature aiment en général la littérature qui s’évertue  à exprimer l’émotion et le sentiment. D’ailleurs 90 pour cent de la littérature consiste en une telle expression.

 
Votre texte s’insère dans cette littérature là, donc bravo.

Mais je vais tout de même continuer dans ma critique car en vous exposant comme vous le faites dans votre écrit littéraire vous me permettez de mieux comprendre de quelle culture atypique je suis l’enfant. Donc merci. 
 


 

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satinvelours Membre 3 006 messages
Forumeur vétéran‚
Posté(e)

Je poursuis. 
La littérature a t elle pour but de mettre en valeur l’écrivain ? 
Est ce le but de l’art que d’attirer les regards sur l’artiste ? Oui dans l’écrasante majorité des cas. 
Est ce que l’art ou la littérature pourrait être autre chose que la mise en valeur de l’artiste, de l’auteur (e) ? Oui. 
L’artiste est bel et bien quelqu’un qui chavire sous sa propre émotion devant un événement. Mais face à cela il y a deux réactions : l’artiste qui va mettre en scène son émotion, oubliant la cause de son émotion ( l’évènement) et l’artiste qui va tenter de provoquer chez le consommateur ( de l’art) une émotion semblable à la sienne en parlant le plus précisément possible de l’événement. Les consommateurs préfèrent en général l’artiste qui met en scène son émotion plutôt que l’artiste qui va mettre en scène, non l’émotion, mais le drame lui même. Le consommateur va ainsi préférer Houellebecq à Ernaux.  
Nous avons là deux visions de l’art  antagonistes. Certains artistes écrasent leur personnages, d’autres c’est le contraire : le consommateur ne se souvient que des personnages, il oublie l’artiste. 
Il advient un décès. Il y aura l’artiste dont on se souviendra de l’homélie elle même, et il y aura l’artiste dont on oubliera le nom tant il aura su mettre en valeur le mort. 
En ce qui vous concerne nous saurons tout de votre attitude devant une personne qui vous parle de ses drames et nous ne saurons rien sur cette personne elle même. 

Modifié par satinvelours
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Membre, 35ans Posté(e)
Ambre Agorn Membre 2 150 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)

Bonsoir  @satinvelours
 

Vous avez bien raison de spécifier que vous êtes d'une culture atypique parce que ce n'est pas flagrant ni évident, surtout sur un forum où les discussions sont parfois plutôt des scènes d'invectives comme la caricature des conducteurs de taxis à Paris, que ce soit en monologue ou avec plusieurs intervenants. Je constate qu'il semble important d'affirmer sa différence, surtout si elle est exotique, en tout cas ça à l'air très à la mode ces temps-ci.

D'ailleurs il serait intéressant d'en connaître un peu plus sur la culture, les cultures dont vous êtes le dépositaire. Non pas que je voudrai me gargariser d'exotisme, ce n'est pas ma tasse de thé, mais j'étais à l'école (moi, je disais "à l'école", mais il serait plus convenu de dire au collège et au lycée) j'avais une copine Biélorusse. Elle était passionnée, passionnée par sa langue, passionnée par les coutumes et les chants traditionnels. En l'écoutant j'avais l'impression de partager le respect et l'adoration qu'elle avait de sa terre, alors que d'autres auraient pu y voir simplement des us et coutumes étrangers comme il en existe partout. Dans ma famille, il y a "le gène de la campagne russe" (rapport à un ancêtre qui est resté en Russie lors de la campagne russe, et n'est rentré que plus tard avec femme et enfants), c'est à dire que régulièrement il y a un enfant qui naît typé mongol. Ma petite sœur est ainsi. On l'a souvent prise pour une enfant adoptée! Depuis que je suis petite, je suis curieuse de ce côté Est qui me faisait imaginer des espaces sans fin avec des chevaux sanguins, des hommes forts et des femmes fougueuses! D'ailleurs avec ma sœur, un jour on était parti avec deux chevaux (elle travaillait alors dans un ranch), avec un bagage léger et moi qui ne savait pas du tout monter à cheval! C'était génial, on a galopé à travers champ, j'ai fait une chute et je me suis foulé le poignet, on a descendu des pentes abruptes où ma sœur me disait: "ferme les yeux et laisse le cheval faire, lui il sait". La nuit on trouvait un coin abrité ou une grange avec de la paille et on ne dormait que d'un œil parce que nous n'avions pas de quoi attacher les chevaux, le jour on mangeait ce qu'on trouvait (ma mère nous a apprit à trouver de quoi manger dans la nature). C'était comme dans mes rêves les plus fous, et comme nous habitions une région des moins peuplées de France, nous avions de quoi galoper avec des étendues sans route et sans âme qui vive.
Je n'ai moi-même pas spécialement de culture atypique dans les gènes, mais j'ai une immense famille (par exemple j'ai plus de 90 cousins directs) et des oncles et tantes de Belgique, d'Italie, du Maroc, d'Algérie, de Norvège et de Guyane. J'ai aussi un beau-frère Kabyle, une belle sœur Béninoise et ma mère vient des Pays-bas et mon père était fils de capitaine et a vécu son enfance sur un bateau à écumer toutes les mers du monde. Enfin, tout ça pour dire que, peut-être grâce à ma famille hétéroclite, j'aime partager les différences des uns et des autres plutôt que de spécifier les miennes pour marquer ma différence d'avec eux.
Et puis si j'ai pu vous aider j'en suis toute honorée! Même si j'avais l'impression que votre "bravo" et votre remerciement avaient un air ironique et pas trop sincère! Je peux me tromper, alors je préfère croire que ce n'est pas le cas, sinon tant pis, vous rirez bien dans votre coin de m'avoir bien eu.

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